Le Renault Espace affiche 30 ans au compteur

Le Renault Espace affiche 30 ans au compteur

publié le 20 juin 2014
Thème: Présentation véhicule
Par Guillaume Darding

Naissance du concept

L'histoire de l'Espace a commencé en 1979. Philippe Guédon, PDG de la branche automobile de Matra, cherche à assurer le futur de l'entreprise. La Bagheera est au catalogue depuis 1973 et arrive en fin de carrière. La Rancho est produite depuis fin 1977.

Toutes deux sont assemblées dans l'usine de Romorantin et seront produites à près de 50.000 exemplaires. Le dirigeant est persuadé que l'avenir est aux véhicules conviviaux, le succès des vans aménagés aux Etats-Unis le conforte dans son idée.

Talbot Matra Rancho
Talbot Matra Rancho

Fort d'un accord de coopération avec PSA signé en 1979 poursuivant celui signé avec Simca en 1969, le PDG de Matra Automobiles se tourne naturellement vers l'état-major de Peugeot.

A ce titre, la première maquette (dénommée P16) reprend nombre d'éléments des véhicules du groupe PSA: la carrosserie est reprise de la Talbot Solara et les phares ainsi que la banquette arrière proviennent de la 604 par exemple.

Deux ans durant, les tractactions iront bon train entre Peugeot et Matra pour finalement aboutir à un refus de la part de la marque sochalienne. Le constructeur est dans une passe difficile financièrement à cause de la relance, à grand frais, de la marque Talbot.

PSA ne veut donc pas se permettre de prendre un quelconque risque (bien qu'il était prévu un dérivé utilitaire en cas d'échec commercial) avec un nouveau type de véhicule. D'autant plus que Peugeot développe au même moment ce qui deviendra son futur best-seller: la 205.

Matra P18
Matra P18

Peugeot conseillera néanmoins à Philippe Guédon de se rapprocher de Citroën, récemment intégré dans le groupe PSA. Fin 1981, Matra présente un projet (P20) basé sur la future BX, la réponse restera toutefois négative: le constructeur aux chevrons ne souhaite pas intégrer dans sa gamme un véhicule qui a été conçu et développé en externe.

Finalement, le PDG de Matra se tourne vers Renault avec une nouvelle maquette, la P23. Cette dernière est basée sur la plateforme de la R18, à moteur longitudinal. Ayant toujours en tête une hypothétique version utilitaire, le projet présente une habitabilité exceptionnelle grâce à un plancher plat et des sièges indépendants et démontables.

Cette tentative est la bonne: la direction de Renault est enthousiaste et signe un accord de coopération avec Matra. La P23 voit ses formes légèrement modifiées par le service design du constructeur au losange. Nombre de composants sont empruntés dans la banque d'organes de la marque pour se muer en Renault Espace: le monospace français est né!

Première génération: un concept bien né

Le Renault Espace apporte à l'époque une modularité exceptionnelle: il peut accueillir jusqu'à 7 personnes ou se transformer en salon, les sièges avant étant pivotants. Les surfaces vitrées sont importantes et dégagent une sensation d'espace pour les occupants et la boîte à gant propose une ouverture inédite par le haut. L'Espace est clairement "la" voiture à vivre, le nouveau slogan de Renault.

Renault Espace I
Renault Espace I

Le Renault Espace I ne mesure pas plus de 4,25m de long (phase 1) et repose sur un empattement de 2,58m. En comparaison, une Mégane actuelle a un empattement de 2,7m et une longueur de 4,29m. L'Espace de première génération atteint une hauteur de 1,66m pour une largeur de 1,78m.

Sa carrosserie en polyester et fibres de verre représente une autre innovation dans l'industrie automobile. Le châssis, repris de la R18, est plus classique, tout comme le train avant, repris de la Fuego. A l'intérieur, l'Espace reprend certains éléments de la R9 (commodos, poignées de portes, composants de la console centrale,...).

Renault Espace I - habitacle
Renault Espace I - habitacle

Outre sa vocation familiale, ses performances sont loin d'être ridicules avec un Cx de 0,32 et un moteur 2,0l de 110 chevaux capable de propulser le monospace à la vitesse maximale de 175 km/h. Fin 84, Renault propose par ailleurs un 2,1l diesel de 88 chevaux.

La commercialisation débute en juillet 1984: seuls 9 exemplaires auront trouvé preneur durant le mois. L'Espace finira par trouver la bonne cadence avec un peu plus de 2.500 ventes en 1984 (Matra ayant fabriqué près de 6.000 exemplaires dans le même temps) puis 14.000 en 1985 pour dépasser les 45.000 exemplaires vendus en 1990.

Renault Espace I - Quadra
Renault Espace I - Quadra

En 1988, Renault présente le restylage (phase 2) de l'Espace: il prend 11 cm en longueur. Le train avant de la Fuego est remplacé par celui de la R25. Le constructeur propose par ailleurs une version à 4 roues motrices (quadra) entraînant un surpoids de 75 kg. Enfin, l'habitacle gagne en modularité avec un point d'ancrage supplémentaire au niveau de la dernière rangée, permettant de reculer un peu plus les siège à l'arrière.

A la même période, l'usine Alpine à Dieppe renforce l'usine de Romorantin pour augmenter la cadence de production. En 1989, l'Espace est assemblé au rythme de 200 véhicules par jour dont 170 à Romorantin et 30 à Dieppe. Au total, plus de 190.000 Espace I auront été produits.

Deuxième génération: dans la continuité

La deuxième génération d'Espace est présentée en 1991 au salon de Genève. Sur les acquis de l'Espace I, l'Espace II soigne le concept de voiture à vivre. A ce titre, les sièges arrière ne sont plus fixes, mais ils peuvent reposer sur des glissières, pour un agencement intérieur au gré des envies. La luminosité est accentuée grâce à des fins montants de pare-brise et à la disponibilité de toits ouvrants panoramiques.

Renault Espace II - vue de face
Renault Espace II - vue de face

Ses lignes sont arrondies, se détachant nettement du style d'un utilitaire. De fait, l'Espace est plus qu'un véhicule familial: il devient aussi véritablement un haut de gamme. La finition est nettement améliorée et Renault propose un V6 ainsi qu'une boîte automatique. S'il repose toujours sur un empattement de 2,58m, l'Espace II atteint désormais une longueur de 4,43m.

En 1994, alors que l'Espace fête ses 10 ans avec l'Espace F1, les premiers vrais concurrents du monospace apparaissent sur le marché avec l'offensive PSA/Fiat (Citroën Evasion, Fiat Ulysse, Lancia Phedra) suivi de Ford et Volkswagen en 1995 (Ford Galaxy, Seat Alhambra, Volkswagen Sharan).

Renault Espace F1
Renault Espace F1

L'Espace II prend sa retraite fin 1996, après une courte carrière. Le concept de l'Espace doit évoluer pour mieux contrer la concurrence et l'apparition des monospaces compacts tels que... le Renault Scénic. La deuxième génération d'Espace aura été produite à un peu plus de 316.000 exemplaires.

Renault Espace II - profil
Renault Espace II - profil

Troisième génération: du changement et de la maturité

L'Espace III est sans aucun doute la génération la plus aboutie en matière de style. Le capot se déploie sur la calandre en forme de vague, forme reprise dans l'habitacle pour le tableau de bord. Des prises d'air sont intégrés dans le pied des rétroviseurs latéraux. Les flancs sont travaillés, procurant une véritable allure dynamique au monospace.

Renault Espace III - vue de face
Renault Espace III - vue de face

Renault propose par ailleurs un ingénieux système de barres de toit: les barres sont regroupables sur l'arrière du véhicules pour former un ensemble harmonieux. Elles reposent sur des rails et sont donc coulissantes sur une large partie du toit.

A l'intérieur, la modularité est encore améliorée avec un système de rails optimisé. La console centrale abrite de plus un grand rangement de 33l en son centre.

Renault Espace III - vue arrière
Renault Espace III - vue arrière

Côté mécanique, le moteur est désormais en position transversale, le châssis dérive étroitement de la Laguna, sortie deux ans plus tôt. Si le V6 (accouplé à une boîte automatique) est toujours au catalogue, la version à 4 roues motrices disparaît.

L'empattement grandit à 2,7m et la longueur atteint désormais 4,52m, ce qui n'est pas sans profiter à l'espace intérieur. D'autre part, Renault propose en 1998 une version allongée: le grand Espace, dont l'empattement est allongé de 17cm pour atteindre une longueur de 4,79m.

Renault Espace III - Espace, Grand Espace, Futuroscope
Renault Espace III - Espace, Grand Espace, Futuroscope

Comme ses prédécesseurs, l'Espace III a été produit dans les usines Matra (Romorantin) et Alpine (Dieppe). Il aura été fabriqué à 365.000 exemplaires jusqu'en 2002.

Quatrième génération: la fin de Matra

Dans le souci de rationnaliser ses plateformes et de diminuer ses coûts de production, Renault décide de prendre en charge la production de l'Espace IV. La quatrième génération est produite à Sandouville, alors spécialisée dans la production des véhicules haut de gamme de la marque (R25, Safrane, Laguna, Vel Satis), exit l'usine Matra et l'usine de Dieppe.

Renault Espace IV - vue de face
Renault Espace IV - vue de face

Matra se voit attribuer en guise de consolation un autre véhicule: l'Avantime. Malgré ses avancées stylistiques (toit bi-ton, toit panoramique vitré) et techniques (portières à double pivot pour dégager un accès confortable aux places arrière, grand toit en verre), son échec commercial précipitera les finances de Matra dans le rouge en 2003.

L'Espace IV reprend la plateforme commune à la Vel Satis et à la Laguna II. Le monospace abandonne alors sa carrosserie en polyester au profit d'une classique peau en acier. Il est commercialisé à partir de septembre 2002.

Renault Espace IV - profil
Renault Espace IV - profil

En matière de style, l'Espace adopte des formes plus cubiques. Il reprend des codes communs aux Vel Satis et Avantime. Alors que ses prédécesseurs s'éloignait des formes d'un véhicule utilitaire, l'Espace IV semble s'en rapprocher.

Néanmoins, après plus de 10 ans de carrière, l'Espace IV figure toujours au catalogue. A fin 2013, près de 375.000 exemplaires ont été produits, un nombre similaire aux ventes de l'Espace III... réalisées en 6 ans.

Renault Espace - quatre générations
Renault Espace - quatre générations

Le style n'explique pas tout: le segment des grands monospaces souffre. Les monospaces compacts sont capables eux-aussi d'accueillir 7 personnes  (le Renault Grand Scenic ne rend que 7cm à l'Espace). D'autre part, les grands monospaces ont largement souffert des SUV ou autres crossovers (Nissan Qashqai par exemple).

Le futur de l'Espace

Renault a longuement hésité à propos du successeur de l'Espace: fallait-il l'arrêter? Fallait-il poursuivre le même concept? Ou lancer un nouveau genre?

Il semble que ce soit cette dernière solution qui ait été retenue à en croire les concepts récents (Renault Initiale Paris présenté au salon de Francfort en 2013) et les photos espions. Le futur Espace, qui pourrait s'appeler X-space, réalisera la synthèse entre un monospace et un SUV.

Renault Initiale Paris - vue de face
Renault Initiale Paris - vue de face

D'un monospace, il reprendra la silhouette monocorps et la modularité. D'une longueur similaire au Grand Espace actuel (la version courte disparaitra donc pour ne pas faire double emploi avec le Grand Scénic), il pourra toujours accueillir 7 personnes. Toutefois, l'agencement des sièges pourrait être largement revu avec la disparition des glissières au profit de sièges escamotables dans le plancher.

D'un SUV, le futur Espace empruntera la silhouette rablée avec une calandre imposante, une hauteur générale et une hauteur des vitres réduites.

Renault Initiale Paris - vue de profil
Renault Initiale Paris - vue de profil

Il faudra attendre septembre prochain et le salon automobile de Paris pour connaître l'allure et le positionnement définitif de celui qui est devenu un véhicule emblématique de la gamme Renault.

Crédits photos: Wikimedia (Matra Rancho), livre Renault Espace: la voiture à vivre - Serge Bellu (Matra P18), Renault

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Commentaires
Guillaume Darding à propos de l'article «Présentation moteur: Ford 1.0l Ecoboost»

il y a 15 jours

Bonjour Philoup69, d'après ce que vous décrivez, il me semble que le problème de durite (j'imagine le tuyau de dégazage du liquide de refroidissement qui a fait l'objet d'un rappel de la part de Ford) pourrait être la cause de vos soucis actuels. Il me semble probable que votre moteur ait surchauffé à cause de ce problème de durite. Pour sûr, j'ai pu répertorier plusieurs cas similaires sur les forums français et étrangers, sans que cela ne remette foncièrement en cause la bonne réputation de ce moteur.

vieri28 à propos de l'article «Essai: pneus Michelin CrossClimate»

il y a 18 jours

Bonjour, et merci pour cet essai longue durée, forcément plus intéressant et pertinent en terme de retour qu'une prise en main réalisée lors de la présentation par le fabricant, comme ce que j'ai pu lire jusqu'ici. J'utilise actuellement 2 jeux de roues (été et hiver), et cela représente un budget relativement important. J'ai la chance d'avoir encore une dimension de roue économique (195/65/R15), mais ce ne sera certainement plus le cas le jour du changement de voiture. N'habitant pas en montagne mais en plaine, la lecture de votre article me conforte sur le fait de passer sur ce pneu dans le futur.

Philoup69 à propos de l'article «Présentation moteur: Ford 1.0l Ecoboost»

il y a 19 jours

Bonjour, Et la fiabilité ? Mon Grand C-Max Titanium est immobilisé, dans un garage Ford depuis le 11 Janvier 2017. Au départ, j'ai constaté une absence de chauffage. Premier devis: remplacement de la pompe à eau = 1 800 €. Après cette réparation, le mécanicien a remarqué un dégagement de fumée par le pot d'échappement (mauvais signe ...). Démontage et analyse de la culasse: le troisième cylindre est endommagé. Suite à une surchauffe, il faut remplacer le moteur ! Second devis: remplacement du moteur = 7 078,94 €. Mon véhicule date de fin Janvier 2013 (moins de 4 ans au moment du problème) et a 122 000 Kms (moteur EcoBoost 1.0 125 cv). En Janvier 2016, j'avais déjà eu un problème de durite à 90 439 Kms (une première alerte ?). Est-ce un problème connu du moteur Ecoboost ?

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