Fraude au CO2 et commission Royal: que faut-il en retenir?

Fraude au CO2 et commission Royal: que faut-il en retenir?

Publié le 10 août 2016
Par Guillaume Darding

Suite au scandale Volkswagen survenu en septembre 2015 aux Etats-Unis et aux suspicions de fraude sur les données d'homologation en Europe de la part du même constructeur, le Ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer français, dirigé par Ségolène Royal, a chargé une commission indépendante d'évaluer l'état du parc automobile français en matière de triche à l’homologation. Quelles en sont les conclusions?

Nature des tests

La campagne de mesures a consisté à mettre en évidence l'éventuelle présence de logiciels capables de détecter lorsqu'un véhicule passe un test d'homologation (ceci afin de réduire artificiellement les émissions de polluants lors de ces tests). Pour ce faire, les tests ont été menés à la fois sur des bancs à rouleaux (selon le même principe que celui utilisé lors de l'homologation des véhicules) et sur circuit.

Les tests ont été effectués par l'UTAC sur ses installations de Linas-Montlhéry (91). L'UTAC est une société privée qui s'occupe, entre autres, de l'homologation des véhicules en France.

Le premier test (dénommé D1) consiste à réaliser le même cycle NEDC que celui réalisé pour l'homologation du véhicule. Toutefois, la batterie n'est pas nécessairement rechargée complètement. Afin de tromper un éventuel logiciel tricheur, le capot moteur est fermé, les tests sont effectués sur un banc 4x4 (les 4 roues tournent donc à la même vitesse) et la marche arrière est passée à une reprise en cours de cycle.

Opel Zafira sur banc à rouleaux 4x4 - DUH - Deutsch Umwelthilfe

Le deuxième test (D2) est réalisé à la suite du premier test. La première partie du premier test est distincte du cycle d'homologation. La partie extra-urbaine du test est strictement identique. Dans ces conditions, il est alors attendu que cette partie extra-urbaine montre des résultats similaires à ceux de la partie extra-urbaine réalisée lors du premier test.

Enfin, un troisième test (D3) reproduit le cycle d'homologation sur circuit. Le véhicule est donc équipé d'un dispositif de mesure des gaz d'échappement, un dispositif similaire à celui qui sera utilisé pour effectuer les mesures d’émissions sur routes ouvertes (RDE – Real Driving Emissions).

Au total, 86 véhicules ont été évalués (85 véhicules diesel, 1 véhicule à moteur essence). Les véhicules n'ont pas été fourni par les constructeurs : ce sont des véhicules de location pour la plupart, afin de dissiper tout doute quant à la présence d’un véhicule spécialement préparé pour ces tests.

mesure RDE - Real Driving Emissions - système PEMS - Groupe PSA - Peugeot 508

Interprétation des résultats

Sur le premier test (D1), la commission estime que l’écart peut être considéré comme acceptable s’il est inférieur à 12% par rapport à la valeur mesurée de CO2 rejeté lors de l’homologation.

Cette marge de 12% a été établie en considérant le fait qu’une tolérance de 8% est accordée au titre de la dispersion de véhicule à véhicule en production. 3% de marge d’erreur viennent s’ajouter afin de compenser les éventuelles différences de mesures d’un laboratoire à un autre. Enfin, le dernier pourcent permet de prendre en compte les conditions différentes de l’homologation. Malgré cette marge, il est à noter que 46% des véhicules testés ne satisfont pas aux émissions de CO2 mesurées lors de leur homologation.

Le deuxième test n’a pas permis de tirer de conclusions supplémentaires. De fait, sur la première vague de véhicules testés, la commission avait cru pouvoir déceler la présence d'un logiciel tricheur sur un véhicule Volkswagen en constatant une grande différence entre les résultats relevés sur la partie extra-urbaine du test D1 et ceux relevés lors du test D2. Néanmoins, sur l'ensemble des mesures, 28% des véhicules testés présentent la même anomalie.

mesure RDE - Real Driving Emissions - système PEMS - Groupe PSA - Citroën C4 Grand Picasso

Pour le test D3, effectué sur circuit, la limite a été fixée à 5 fois la limite réglementaire de la norme Euro applicable en matière d’émissions de NOx (soit 900 mg/km pour un véhicule Euro 5 et 400 mg/km pour un véhicule homologué Euro 6). Ce critère a été arbitrairement fixé par la commission en s’appuyant sur les études de l’ICCT (organisation non gouvernementale) qui a constaté un coefficient moyen entre un essai en laboratoire et un essai sur route de 7,1 pour un véhicule Euro 6. Considérant ce critère, le pourcentage de véhicules en dépassement s’élève à 58%.

Concernant les tests routiers, la différence peut largement s'expliquer par le masse supplémentaire induit par le dispositif de mesure (plus de 100 kg) ainsi qu'une température ambiante généralement plus faible que celle relevée lors des tests effectués en laboratoire. D'autre part, le poids s'exerçant sur l'arrière du véhicule en porte-à-faux, l'aérodynamique du véhicule s'en trouve perturbée, tout comme le travail des pneus arrière particulièrement.

D'autre part, le rapport met en évidence des différences importantes (en particulier pour les rejets d'oxyde d'azote) pour un même moteur, ce qui rend d'autant plus complexe l'interprétation des résultats. Parmi la flotte de véhicules testés, la commission a testé 3 Renault Captur équipés du 1.5l dCi de 110 chevaux ainsi que deux Opel Zafira pourvus du 1.6l CDTI de 140 ch et 2 Volkswagen Sharan motorisés par le 2.0l TDI de 140 ch.

Comparaison véhicules identiques NOx - Commission Royal - Renault Captur - Opel Zafira - Volkswagen Sharan

Concernant le Sharan, on peut noter une grande différence entre les deux véhicules mesurés en matière de NOx, tant lors de la mesure sur banc à rouleaux (20%) que lors de la mesure sur circuit (320%). La température plus faible (entre 6 °C et 8 °C), lors du test présentant les émissions les plus élevées, pourrait expliquer cette différence (avec l'EGR qui serait, tout ou partie, désactivé en-dessous de 7°C par exemple).

En ce qui concerne le Zafira et le Captur, il n’y a, en revanche, pas de facteur particulier permettant d’expliquer clairement la disparité dans les résultats d’émissions d’oxyde d’azote.

Au chapitre des émissions de CO2, les données restent cohérentes de véhicule à véhicule : la différence entre deux véhicules normalement identiques s’élève à 8% au maximum, ce qui correspond à la dispersion admise pour des véhicules en production.

Volvo V40 2017 T4 Momentum

Enfin, Volvo montre des résultats pour le moins surprenants : si la V40 fait partie des bons élèves lors des mesures sur circuit (à priori le test le plus contraignant), les émissions mesurées lors de l’essai D1 ont montré un écart significatif par rapport aux données d’homologation. De fait, Volvo est un des rares constructeurs (si ce n’est le seul) à démarrer sur le deuxième rapport lors des tests d’homologation, une particularité qui ne se retrouve pas, par ailleurs, dans les conseils d’éco-conduite du constructeur.

Perspectives

Le but de cette commission indépendante était d’évaluer la présence ou non de logiciels tricheurs (capables de reconnaître lorsque le véhicule passe un test d’homologation) parmi les véhicules proposés à la vente. Sur ce point, l’objectif est raté car les tests n’ont pas permis de lever les soupçons, aussi bien à l'encontre de Volkswagen (qui n'apparait pas, au final, comme un mauvais élève) que des autres constructeurs.

Néanmoins, si l’objectif principal n’est pas atteint, la commission a permis de mettre en évidence les futurs défis qui attendent les constructeurs pour respecter les futures normes:

  • Les constructeurs utilisent de nombreuses dérogations (touchant notamment à la température ambiante et la pression atmosphérique) pour désactiver ou réduire l’efficacité des systèmes de dépollution et cela, de manière légale. Ces dérogations ne seront plus acceptables, en grande partie, à l'avenir.
  • A quelques exceptions près, les constructeurs ont encore beaucoup de mise au point à effectuer pour respecter les futures critères d’homologation, notamment au niveau des mesures sur route.
  • Il y a beaucoup de dispersions entre deux modèles supposés identiques en matière d'émissions d'oxyde d'azote.
  • Les systèmes de dépollution utilisés pour les futures normes de dépollution devraient vraisemblablement utiliser des technologies similaires aux systèmes de dépollution actuels (EGR haute et basse pression, piège à NOx, SCR).

Concernant le premier point, certains constructeurs ont visiblement été marqués par l’épidémie de pannes d’EGR survenue sur de nombreux moteurs dans les années 2000. De ce fait, de nombreuses précautions sont prises lorsque les températures sont basses (généralement inférieures à 7 °C) avec la désactivation partielle voire totale de l’EGR afin d’éviter l’encrassement de la vanne EGR ou l’accumulation de particules dans le filtres sans avoir la possibilité de le régénérer.

Pour ce qui est de la dispersion entre deux véhicules censés être identiques, cela a tendance à démontrer la fragilité du procédé d’homologation actuel (toutes les mesures sont faites à la même température): un changement de quelques degrés peut aboutir à de grandes différences dans les résultats.

mesure RDE - Real Driving Emissions - système PEMS - Groupe PSA - DS 3

Outre une plage de température restreinte, le cycle NEDC actuel a abouti à de nombreuses autres incohérences sur les véhicules de production, l’allongement des rapports de vitesse en étant l’exemple le plus flagrant. Le nouveau procédé (WLTP + RDE) devrait changer cela grâce à des tests plus proches de la réalité. Il pourrait, néanmoins, introduire de nouvelles surprises comme une suspension arrière plus ferme (au détriment du confort des passagers) pour compenser le surpoids induit par le système de mesure portatif sur le train arrière (et la dégradation de l’aérodynamique qui en découle).

Afin de respecter les futures normes, les constructeurs ont donc de grands chantiers devant eux. Il faudra notamment remettre en cause les plages de température au-delà desquels les systèmes de dépollution sont invalidés. Si certains neutralisent l’EGR en-dessous de 7 °C, d’autres se permettent de repousser cette limite à moins de 0 °C (cas de Toyota ou de PSA par exemple), sans toutefois remettre la fiabilité de leur moteur en cause.

Le rapport complet est disponible sur le site du Ministère  de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer à l'adresse suivante: www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Commission_independante.pdf

Crédits photos: Volkswagen, DUH, Groupe PSA, Volvo

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Commentaires
Guillaume Darding à propos de l'article «Dossier: les différents types de boîtes de vitesses»

Il y a 4 jours

Bonjour Jean-Jacques, la boîte TCT proposée sur les Alfa Romeo est une boîte robotisée à double embrayage. L'apparition du message d'erreur me semble quand même prématurée, mais elle peut s'expliquer par le fait que vous restez longtemps en côte avec une faible accélération. Vraisemblablement, l'un ou l'autre embrayage n'est pas complètement fermé, ce qui crée du frottement et génère donc de la chaleur. Si, de plus, lors d'un démarrage à froid, la puissance de refroidissement de la boîte est réduite (le temps que la température d'huile monte et que l'huile devienne moins visqueuse, générant ainsi moins de frictions, au bénéfice de la consommation de carburant), on se retrouve dans une situation critique où la température de la boîte devient potentiellement trop élevée. Il n'y a pas de réglage possible (autrement que par une mise à jour du constructeur ou à prendre le risque de reprogrammer la boîte par un spécialiste) et je n'ai pas le sentiment qu'un changement de boîte solutionnerait ce problème (puisqu'il s'agit vraisemenblablement d'un problème de calibration du logiciel de la boîte). Vu votre kilométrage, j'imagine que votre Giuletta est toujours sous garantie. Le cas échéant, n'hésitez donc pas à faire vérifier votre véhicule par votre concessionnaire.

Jean-Jacques Payan à propos de l'article «Dossier: les différents types de boîtes de vitesses»

Il y a 4 jours

Bonjour, Votre document est très intéressant. Je profite de votre site pour vous poser une question pratique. Je possède une Giulietta 170 TCT (dont vous ne parlez pas beaucoup .. de la boite) qui en remontant de mon 3eme sous sol avec un accès difficile cause un message d'erreur : Température élevée de la boite . Existe t il un réglage possible , changement de la boite ou tt simplement un défaut de conception ????? j'ai 15000 kms ... Avec mes remerciements.

Guillaume Darding à propos de l'article «Normes Euro 6c: filtre à particules et casse-tête hybride»

Il y a 6 jours

Bonjour Gabrielle, la Golf GTE fait partie des modèles dont l'homologation Euro 6c / Euro 6d temp est retardée en raison des faibles volumes de vente (en 2017, sur un total de 480.000 Golf construites, seules 10.000 étaient des GTE). De fait, sans cette homologation, il n'est plus possible d'immatriculer un nouveau véhicule. En théorie, quelques véhicules pourraient être encore vendus avec l'ancienne homologation (à titre d'une fin de série), à condition que le constructeur en fasse la demande. En fait, Volkswagen avait même stoppé les commandes sur ce modèle (et d'autres modèles de la gamme) en début d'année afin d'éviter de se retrouver dans la situation à laquelle vous faites désormais face. Vous concernant, votre concessionnaire aurait dû immatriculer votre Golf GTE avant le 1er septembre pour éviter les tracas (à condition que le véhicule était déjà en sa possession avant cette date). Désormais, il n'y a pas d'autre choix que de patienter jusqu'à ce que le modèle soit homologué (et cela pourrait prendre encore plusieurs semaines) pour débloquer la situation. Il faut aussi espérer, sans vouloir être (trop) pessimiste, qu'il ne s'agisse que d'une nouvelle homogation sans changement technique car si des changements techniques devaient intervenir (ajout d'un filtre à particules / calibration moteur), la livraison de votre véhicule pourrait être encore allongée.

© Guillaume Darding

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